On m’a prêté quelques Cds, j’ai même acheté un Elegy Magazine, et tout un monde s’ouvrait à moi, un monde que
je ne connaissais pas, qui m’attirait, me fascinait de part sa faculté à exister sans qu’on le voie. Je ne m’habillais pas pour autant en Gothique. J’aimais «voir» le Gothisme, mais pas en faire
partie (n’étant pas démonstratif vestimentairement parlant). Juste impressionner quelques personnes en leur disant que j’allais en soirée Gothique histoire de voir les réactions «Vous voyez les
Soirées qu’on a vu dans le Reportage de M6 ? Ben c’est là que je vais…» Volonté de se démarquer, mais en étant à son tour «marqué», étiqueté Gothique. Je n’avait pas conscience à l’époque de ce
glissement d’une étiquette à une autre en ayant l’impression d’être différent. Pis il y a eu les Soirées Gothiques.
Les Soirées Gothiques… J’en ai fait une dizaine en tout. La première reste un excellent souvenir. Pour la
première fois, j’allais en boite, et pour la première fois, ou que je regarde, pleins de filles habillées comme je les aime (à l’époque, j’entends) s’offraient à mon regard. Un peu de mystère, un
peu d’érotisme (les décolletés plongeants, et oui, je ne suis pas de bois), j’aimais bien çà , avant. J’avais l’impression d’être «à part» dans cette Cave, en dehors du monde, d’être dans un monde
ou je me reconnaissais.
Je ne saurais dire quel a été le déclencheur, le point de rupture, mais tout ceci a commencé à me lasser très
vite au bout de quelques mois. L’effet de surprise de la première soirée était définitivement mort, la joie éprouvée lors de cette rencontre avec le milieu avait disparue. Du simple touriste
découvrant un monde, les yeux émerveillés, je me sentais dans la peau d’un «habitué» qui revenait au même endroit, voir les mêmes gens, danser sur la même musique.
Je n’entendais plus la Musique, je ne voyais que des personnes s’agitant dans une Cave, et même parfois elle
lèvent les bras en l’air pour dire qu’elles sont «en plein trip». Je ne voyais plus des Gothiques, mais des personnes qui s’habillent toutes de la même manière, qui faisaient le déplacement pour
être avec d’autres personnes «dans le même trip». Ca me rappelle un film «Carnival of Souls». Pendant la meilleure séquence du film, l’héroïne tente de communiquer aux autres personnes autour d’elles, mais personne ne l’entend ni ne la voit.
L’exemple est maladroit, mais je me suis senti en dehors de tout çà en y étant au beau milieu. Etrange comme sensation. C’était comme regarder un clip en coupant le son, on se pose en
observateur, étrange fascination. Voyeurisme ?
Ajouté à cela, je n’accrochais pas du tout à toute cette musique pleine de poum-poum, de guitare saturées, de
voix glauques, cette froideur, et très vite, j’en ai eu sérieusement marre, jusqu'à ce que je trouve la parade : j’y venais pour me foutre de leur gueule, j’y emmenais des ami(e)s pour leur
montrer quelques beaux spécimens de foire. «Regardez celui-là comme il est drôle !» ou encore «Oh, il est beau celui-ci». Les nombreuses têtes d’enterrement renforçaient encore plus le coté
«involontairement drôle» de la farce, car oui tout çà m’est apparu comme une farce, une mascarade.
On se maquille, on se voile, la musique bruyante empêche de communiquer, donc tout passe dans le regard,
regard masqué, comme un jeu. Je ne voyais plus les personnes en face de moi QU'EN m’imaginant leur vie quotidienne, terriblement «normale» (on se lève le matin, on va au boulot). Un temps, j’ai
eu de la pitié, car je m’imaginais ces individus frustrés de ne pouvoir apparaître comme ils le veulent aux «autres», les gens du dehors.
J’avais l’impression d’être «à part dans un monde à part», ce qui est absolument grisant je vous l’assure.
Insolence aussi, de claquer de l’oseille juste dans le but de venir se délecter des quelques tronches de cake. Car en plus d’avoir l’impression de participer à une grotesquerie organisée, j’avais
perdu mes Lunettes de Réalité Augmentée. Je n’allais plus en soirée Gothique, j’allais au Zoo.